Chapitre 4 : Doutes
Un gémissement se fit entendre, dans la pièce d'à côté, là où elle était. Elle se réveillait enfin. Il était content qu'elle s'en soit tirée. Le rapport d'Unohana, la capitaine de la 4è division des Shinigami, celle des soins, était assez effrayant, non pas par son contenu, mais car justement, il était vide. Unohana ne savait pas ce qui avait pu toucher Rukia ainsi. Byakuya, son frère, et capitaine de la sixième division, lui avait pourtant décrit dans les moindres détails l'état où elle se trouvait lorsqu'il l'aavait retrouvée : elle était agenouillée, regardant dans le vide, d'un air apeuré, voire même terrorisé, suffoquant, et dans un état de stress qui devait être insoutenable pour elle, car, lorsque Byakuya s'était approché d'elle, Rukia s'était littéralement évanouie. Elle avait suffoqué encore longtemps après qu'il l'ait ramenée chez eux, à tel point qu'il décida d'aller réveiller la capitaine de la quatrième division.
Mais c'était il y a déjà une semaine. Il avait attendu tout ce temps qu'elle se réveille ou qu'elle donne un signe de vie. Byakuya avait passé une semaine dans les pires craintes : celles de perdre Rukia, comme il avait perdu sa femme, Hisana. Mais aujourd'hui, toutes ces craintes avaient disparu, l'espoir que Rukia vive était enfin revenu. Même s'il n'était pas encore allé voir si elle s'était réellement réveillée, il était persuadé qu'elle allait bien, qu'elle attendait juste qu'il arrive, qu'elle allait bientôt l'appeler. Mais elle ne l'appela pas.
Il paniqua alors à nouveau. Il avait attendu qu'elle l'appelle ! Il s'en voulait ! Quel idiot il était ! Pensait-il. Etait-ce si dur de traverser une chambre pour aller la voir ? Non, il fallait qu'il se fasse appeler ! Pour montrer qu'il était important !... Cela faisait à peine deux minutes que le gémissement s'était fait entendre, mais le fait que Rukia ne l'appelle pas, ou ne montre aucun autre signe de vie pendant ces deux minutes lui avait paru être des heures !
Mais la panique fut vaincue par la raison, et Byakuya alla la voir, avec son teint ne montrant aucune émotion, comme à son habitude, comme si rien ne s'était passé... Même s'il ne laissait apparaître aucune émotion, ce n'est pas pour autant qu'il n'en ressentait pas. Au contraire, en franchissant le seuil de la porte de la chambre où elle se reposait, son c½ur battait au plus vite : il redoutait que le gémissement ne soit en réalité que le dernier souffle de sa s½ur. Mais il n'en fut rien. Lorsqu'il entra dans la pièce, Rukia était allongée sur le ventre, alors qu'il l'avait déposée sur le dos, et qu'elle n'avait pas encore bougé, jusqu'à ce moment. Elle était éveillée, paraissait en bonne santé, tourna sa tête vers lui, et sourit lorsqu'elle croisa son regard.
« - Bonjour grand-frère. Dit-elle de son habituel ton respectueux envers lui. »
Cette phrase fut comme une bouffée de chaleur pour le capitaine Kuchiki. Le fait qu'elle se soit réveillée, comme si c'était un réveil normal, comme si elle s'était endormie la veille au soir, lui faisait du bien. Mais justement, elle faisait comme si de rien n'était. Avait-elle tout oublié ? Ou alors, voulait-elle qu'il ne la questionne pas sur les évènements ? Byakuya se posait quand même des questions, mais il ne voulait pas connaître les réponses. Il était content qu'elle se soit réveillée et qu'elle lui parle, et il ne voulait pas chercher plus loin. Il s'assit à côté d'elle, toujours aussi souriante, et celle-ci se mit à parler.
« - J'ai fait un rêve bizarre, je... j'étais...
- Tu suffoquais ? Tu avais du mal à respirer, à parler ? Tu avais peur ? Coupa son frère, par mégarde. Il ne voulait pas en parler, il ne voulait pas non plus connaître les réponses à ces questions, mais pourtant, il l'avait fait, quelque chose avait été plus rapide que sa raison, et l'y avait poussé.
- Non, non, c'était... Reprit-elle. Mais elle se coupa, elle réfléchissait.
- C'était quoi ? Demanda son frère après un moment de silence troublant.
- Hein ? Euh... C'était... C'était, euh... Je ne me rappelle plus. Mentit Rukia. »
Elle se souvenait. Lorsque son frère en avait parlé, elle n'avait pas compris, mais c'était bon, elle se souvenait de tout, de son rapport, de la réunion avec des autres capitaines, de sa discussion avec Ichigo, de ses craintes inexplicables, des ténèbres la pourchassant, et de cette voix... Cette voix qu'elle ne pouvait identifier...
Son frère avait compris, elle s'était souvenue par sa faute. Il avait du faire ressurgir des douleurs oubliées sans le vouloir. Cela se lisait sur le visage de sa s½ur, qui était à présent debout, regardant à travers la fenêtre, au loin, dans le ciel.
« - Grand-frère ? demanda-t-elle.
- Oui ? Il redoutait une question de sa part, quelle qu'elle soit.
- Que s'est-il passé hier soir ?
- Hier soir ? Il ne comprit pas sur le coup. Le « hier » dont elle parlait, était en réalité le jour où elle s'était évanouie. Mais il ne comprit pas, et fit une erreur. Tu n'étais pas éveillée hier, tu as dormi toute une semai... Mais c'était trop tard, il avait mis trop de temps à s'en rendre compte.
- J'ai « dormi » toute une semaine ! Mais qu'a-t-il pu arrivé pour que je reste ainsi pendant aussi longtemps ! Tu dois bien savoir toi ! Tu dois bien avoir vu ! Qui n'aurait pas vu ces ombres épaisses et tangibles ?! Elle était à la limite d'hurler, et ses craintes étaient revenues, toujours aussi inexplicables. Et qui m'a ramenée ici ? Explique-moi tout grand-frère !
- Je ne comprends pas tout ce que tu racontes, Rukia, mais je peux juste te dire que c'est moi qui t'aie retrouvée, au beau milieu du Seiretei, suffocante, et terrorisée. Je t'ai ramenée ici, mais tu tardais à te réveiller, alors j'ai appelé Unohana. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas ce que tu avais, et qu'elle ne savait pas non plus si tu allais t'en sortir. Mais, moi aussi, j'ai des questions à poser. Que s'est-il passé pour que je te retrouve dans cet état-là ? Tu ne respirais presque plus, tu regardais dans le vide, terrorisée, je ne comprenais pas, il n'y avait rien aux alentours. Et de quelles « ombres » tu parles ?
- Il...Il n'y avait rien aux alentours tu dis ? Tu n'as donc rien vu ? Les craintes de Rukia avaient changé. Elles ne portaient plus sur les évènements, mais sur le fait qu'elle avait peut-être été sujette à des hallucinations, que tout son « hier » n'avait été que pure invention de sa part. Elle lui raconta donc tout. Son rapport, la réunion avec les capitaines qui n'étaient pas convalescents, etc. Mais en omettant son rêve, qu'elle considérait comme banal. Elle avait voulu le raconté lorsqu'elle s'était réveillée, juste pour lui en faire part, entre frère et s½ur, mais là, elle le considérait comme obsolète. Lorsqu'elle eu finit de raconter, Byakuya réfléchit un instant.
- Je n'ai pas eu vent d'une réunion pareille. Fit-il enfin. C'est rare que le Capitaine en chef fasse des réunions où tous les capitaines encore loyaux ne sont pas présents, qu'ils soient convalescents ou non, et c'est impossible qu'il y invite une Âme Errante, quels que soient les exploits qu'elle ait réalisés. »
Rukia recommença à douter. Elle avait donc réellement été victime d'hallucinations. Elle avait tout inventé, tout rêver... Peut-être l'avait-elle rêvé lorsqu'elle s'était évanouie ? Cette solution lui plaisait... Mais cela voulait dire qu'elle était bien tombée évanouit, et qu'elle avait donc vécu l'horrible nuit. Or, elle avait le sentiment que la nuit et la réunion étaient liées, que l'une allait avec l'autre, et que, pire encore, elle les avait bien vécues. Elle attendit que son frère se prononce à propos des évènements de la nuit, mais il ne dit rien. Enfin, après un moment de silence, il dit quelque chose :
« - Tu sais, j'ai dit que ces réunions étaient rares... Cela ne veut pas dire que c'est impossible... Il y a un moyen de savoir si ce que tu as vécu était bien réel... Il regarda sa s½ur dans les yeux : elle n'attendait que ça, un moyen de savoir si elle était réellement folle ou non. Dans la bibliothèque principale, toutes les réunions des treize divisions sont recensées, avec tout ce qui s'y est dit... Tu trouveras peut-être les preuves qu'il te faut.
- Et, où se trouve cette bibliothèque ? Demanda-t-elle.
- Malheureusement, c'est ça le problème. Elle se trouve sous la chambre du conseil des 46 membres de Chuô... Or, aller là-bas, dans un moment pareil, pourrait faire croire que tu es complice d'Aizen, surtout si tu es sujette à des hallucinations... Tout est réuni pour faire de toi une bonne complice, ou du moins un bon « outil » aux services d'Aizen, contre ton gré. »